
Le château de Chamilly, c’est tout d’abord un château, un vrai ! Il fut construit au 17e siècle avec douves, pont-levis et machicoulis par Noel Bouton, lieutenant général, officier d’artillerie et conseiller du roi. Cette architecture défensive correspondait au style militaire dans lequel il vivait à l’époque, mais en fait, le château de Chamilly n’a jamais rien eu à défendre ! C’était une maison de campagne et d’agrément, associée à une ferme.
Lorsque la famille Desfontaine racheta au 19e siècle le château et ses terres, il s’agissait d’une ferme en polyculture-élevage avec peu de vignes. Bernard Desfontaine avait-il présenti le potentiel viticole du terroir ? Toujours est-il qu’il commenca à véritablement développer le vignoble et acheta des parcelles en 1er cru sur Mercurey. Son fils, Louis Desfontaine, arrêta les autres productions pour se spécialiser sur la vigne – et fut à l’initiative d’un grand développement du château de Chamilly. Personnalité locale, grand connaisseur du vignoble, il acheta au début des années 90 le clos la Perrière, une parcelle de 2,5 ha d’un seul tenant, très bien située sur Mercurey. Si bien située qu’un projet de révision du classement sur cette zone – fait rarissime en Bourgogne – est en cours.
En 1999, la disparition prématurée de Louis Desfontaine donne brutalement les rênes du domaine à son épouse Véronique, tandis que leurs deux enfants, Xavier et Arnaud, s’orientent vers des études dans la filière viticole. S’en suit une période difficile, mais le passage d’une femme à la tête de Chamilly se traduit par une évolution du style des vins. Jusqu’alors, la combinaison de terroirs puissants et d’une vinification très traditionnelle donnait des vins très tanniques, nécessitant au moins 5 ans en bouteille pour s’assouplir. Encouragée par ses fils, Véronique Desfontaine fait évoluer ces techniques, égrappe une part croissante des raisins avant de les vinifier. Les vins s’arrondissent, prennent du fruit, deviennent plus aimables dans leur jeunesse.
En 2004, Arnaud Desfontaine termine son BTS viticulture-œnologie, suivi de son frère Xavier deux ans plus tard. Ils veulent acquérir un peu d’expérience avant de revenir sur la propriété. Toutefois, plusieurs expériences malheureuses les a échaudé de faire appel à des régisseurs de domaine. C’est pourquoi, ils décident que chacun des frères alternera sur la propriété pour permettre à l’autre de partir vinifier à l’étranger (Australie pour l’un, N ouvelle-Zélande pour l’autre). Une période riche d’enseignements, mais compliquée dans l’organisation. Les frères Desfontaine gèrent la propriété l’un sur place, l’autre par téléphone, se « dédoublent » au moment des vendanges et deviennent de véritables « flying winemakers ».
2007 marque enfin le retour du trium virat Desfontaine au complet sur la propriété, et des vinifications dans des conditions plus sereines. L’entrée de la nouvelle génération Desfontaine se traduit également par une évolution des vins. Une évolution… sans révolution. Depuis leur arrivée, les frères cherchent à optimiser la qualité des raisins et respecter au mieux les vignes. L’objectif, à terme, est bel et bien de produire en bio, mais par étape et en prenant compte des contraintes économiques. Au chai, tout le système d’encuvage a été revu pour respecter au maximum l’intégralité des raisins – vendangés à la main -, préserver les arômes du fruit, éviter l’extraction de tanins verts des raffles. La propriété vient d’acheter de nouvelles cuves de petite capacité pour faciliter les sélections et permettre des pigeages (extraction lors des fermentations de la couleur et des arômes).
Ces vins ont séduit l’équipe de Mes Vignes. Les bourgognes côte chalonnaise du château de Chamilly sont d’un rouge rubis, avec un nez de petits fruits rouges friands. En bouche, ils ont du style. On retrouve la fraîcheur et les arômes des fruits présents au nez, avec un côté gourmand. Puis, peu à peu, la puissance du terroir et des vieilles vignes s’exprime par une structure présente, qui laisse augurer un certain potentiel de garde. Déjà plaisants à boire sur le fruit, les vins de la cuvée MesVignes procureront certainement aussi de bonnes surprises après quelques années en bouteille !